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Le thé vert est-il « anticancer » ?

Boisson millénaire, originaire de Chine, le thé vert est aujourd’hui encore, un breuvage très populaire, consommé dans le monde entier. Le thé était, semble-t-il, considéré comme un médicament avant de devenir une boisson. Il suscite beaucoup d’intérêt, tant chez le grand public que dans la communauté scientifique pour ses propriétés intéressantes, notamment dans la prévention de certains cancers.
Qu’en est-il réellement ?

Les catéchines, secrets d’action anticancer du thé vert

L’arbuste à thé Camelia sinensis est à l’origine de toutes les variétés de thé. Le thé est composé de polyphénols, qui constituent une famille de molécules organiques largement présente dans le règne végétal. Parmi ces polyphénols, les catéchines sont des composés fortement anti-oxydants, ce qui conférerait au thé vert ses propriétés anticancer.  Ces catéchines sont particulièrement présentes dans le thé vert, dont l’epigallocatechin-3-gallate (EGCG), la plus active et la plus abondante d’entre elles. Une feuille de thé vert déshydratée contient de 15 % à 30 % de catéchines parmi lesquelles 50 % à 75 % d’EGCG. Parmi les polyphénols du thé, l’EGCG a montré, in vitro, des effets antiprolifératifs puissants.

Des teneurs variables en catéchines

Les catéchines sont particulièrement abondantes dans le thé vert. Le taux de catéchines dans le thé vert se situe en effet entre 59,3 et 103,2 milligrammes par gramme, contre 21,2 et 68,3 mg / g dans le thé noir. Cette teneur plus élevée en catéchines dans le thé vert s’explique par un processus de fermentation différent des autres thés. La teneur en catéchines dans le thé vert dépend également du moment de la cueillette du thé et de l’âge de la feuille. Le thé cueilli au printemps contient 12 à 13% de catéchines, contre 13 à 14% pour celui issu d’une cueillette estivale. (1)

La prévention du cancer grâce au thé vert

La chimiothérapie, la radiothérapie et / ou la chirurgie, qui représentent les traitements les plus courants des cancers (2, 3 ), ont une efficacité limitée et s’accompagnent de nombreuses toxicités. Par conséquent, il existe un besoin urgent de thérapies potentielles et/ou complémentaires efficaces pour les patients atteints de cancer.
Les études sur le thé vert étant principalement observationnelles, elles ne peuvent répondre formellement à la question de son efficacité comme « agent anticancer ». Les études d’intervention ont été principalement réalisées sur des animaux. Celles-ci ont montré que des polyphénols de thé et / ou d’extrait de thé inhibent la formation de tumeurs sur différents organes, notamment la peau, les poumons, la cavité buccale, l’œsophage, l’estomac, l’intestin grêle, le côlon, le foie, le pancréas et le sein (4).

Chez l’homme, les preuves de l’efficacité anticancer du thé vert sont moins évidentes. Une revue systématique Cochrane (5) portant sur plus de 1,6 millions de participants fait l’état des lieux de l’efficacité du thé vert dans la prévention de certains cancers. Les preuves de la réduction du cancer du foie grâce à ce breuvage, sont minces. Pour les cancers de l’estomac, de l’œsophage, du côlon, du rectum et du pancréas, elles sont contradictoires, selon les études. Tout n’est pas perdu puisque la revue suggère une diminution du risque de cancer de la prostate chez les hommes qui consomment de grosses quantités de thé vert et d’extrait de thé vert.

Focus sur le cancer de la prostate

Une étude de 2006 réalisée en double aveugle portant sur 60 hommes volontaires atteints de néoplasie intra épithéliale prostatique de haut grade (HG-PIN) révèle que le taux d’antigène spécifique de la prostate (PSA) total n’a pas changé de manière significative entre les deux groupes. Mais les hommes traités avec les catéchines du thé vert ont montré des valeurs constamment inférieures à celles des sujets traités par placebo. Le traitement quotidien consistait en trois capsules de catéchines de thé vert, 200 mg chacune (total 600 mg / j). Au bout d’un an, une seule tumeur a été diagnostiquée chez les 30 hommes traités par catéchines de thé vert (incidence environ 3%), alors que neuf cancers ont été recensés chez les 30 hommes traités par placebo (incidence à 30%).
L’étude démontre également que la prise de catéchines n’a eu aucun effet indésirable ou secondaire. Elle a même amélioré significativement la qualité de vie des volontaires. (6)

L’AVIS DE KALYA
Les preuves, sont à l’heure actuelle, insuffisantes pour permettre d’affirmer que le thé vert est efficace dans la prévention des cancers.
La dose principalement utilisée dans les études est de 250 mg de catéchines par jour en raison des effets antioxydants constatés. Cela correspond à une consommation de 3 à 5 tasses par jour.
Cette pratique semble être sans danger. Attention toutefois à la consommation importante de thé vert. Celle-ci gêne l’absorption du fer non héminique (celui présent dans les céréales, les fruits, les légumes secs, les légumes et les produits laitiers). Les personnes atteintes de carence en fer ne pourront toutefois pas bénéficier de ce conseil.

Sources :

  1. Susanne M. Henning, Claudia Fajardo-Lira, Hyun W. Lee, Arthur A. Youssefian,Vay L. W. Go, and David Heber. Catechin Content of 18 Teas and a Green Tea Extract Supplement Correlates With the Antioxidant Capacity. NUTRITION AND CANCER,45(2), 226–235
  2. Mohiuddin M, Régine WF, Stevens J, et al. Radiothérapie peropératoire combinée et chimiothérapie périopératoire pour les cancers du pancréas non résécables . J Clin Oncol 1995; 13 : 2764–8. [ PubMed ] [ Google Scholar ]
  3. Bernier J, Poortmans PM. Chirurgie et radiothérapie des cancers du sein triples négatifs: de la biologie aux cliniques . Poitrine 2016; 28 : 148–55. [ PubMed ] [ Google Scholar ]
  4. Yang CS, Maliakal P, Meng X. Inhibition of carcinogenesis by tea. Annual Review of Pharmacology and Toxicology 2002; 42:25–54.
  5. Green tea (Camellia sinensis) for the prevention of cancer.
  6. Bettuzzi S1, Brausi M, Rizzi F, Castagnetti G, Peracchia G, Corti A. Chemoprevention of human prostate cancer by oral administration of green tea catechins in volunteers with high-grade prostate intraepithelial neoplasia: a preliminary report from a one-year proof-of-principle study Cancer Res. 2006 Jan 15;66(2):1234-40.