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Confinement : quelles conséquences psychologiques et sociétales ?

La situation actuelle est aussi inédite que surréaliste ! Plus de 2,6 milliards de personnes sont confinées. Ce confinement, qui doit permettre de lutter contre la propagation du COVID-19, n’est pas sans conséquences pour les individus et la société. Des études récentes révèlent à quel point des périodes d’isolement peuvent engendrer des effets délétères sur notre santé. 

Que dit la science sur le confinement ?

Le confinement est souvent une expérience désagréable pour ceux qui le subissent. Celui-ci peut même parfois engendrer des effets dramatiques.  En causes : la séparation d’avec des êtres chers, la perte de liberté, l’incertitude quant à l’état de santé et l’ennui.


Les effets psychosociaux du confinement de masse : l’expérience de Wuhan en Chine

Suite à la mesure de mise en quarantaine de masse à Wuhan, en Chine, des chercheurs anglais ont démontré  dans un article publié fin janvier 2020 (3) que le sentiment d’anxiété de la population s’était rapidement accru dès l’annonce du premier décès, puis au fur et à mesure de l’augmentation du nombre de nouveaux cas, surtout après la multiplication des reportages dans les médias.

Plusieurs raisons à la “flambée”du stress

  • la mise en place de la mesure de confinement démontre la gravité de la situation et l’évolutivité probable ;
  • elle signifie une perte de contrôle et un sentiment de « piégeage », qui s’accentuent avec la séparation des familles ;
  • les « rumeurs » alimentent le stress ambiant. Le désir de connaître des faits s’intensifie et l’absence de messages clairs augmente la peur et pousse les gens à rechercher des informations auprès de sources moins fiables.

Par ailleurs, selon les auteurs de cette étude, des effets à plus longs termes sont également possibles. Ainsi, la colère contre les réactions officielles, exacerbée par l’impact de l’épidémie peut potentiellement persister pendant des années.

Une enquête datant du 6 mars 2020, portant sur le degré de détresse psychologique de la population chinoise suite à l’épidémie de Covid-19, révèle un stress modéré pour 35% des répondants et un stress sévère pour 5,14 % d’entre eux.

Les femmes sont davantage touchées par la détresse psychologique que les hommes. Enfin, les travailleurs migrants constituent le groupe le plus exposé.

L’expérience des précédentes épidémies

Le prestigieux journal médical The Lancet a récemment publié une synthèse d’études menées au niveau mondial, (4) sur l’impact psychologique du confinement et les moyens de l’atténuer.

Sans surprise, cette synthèse révèle que le confinement a un impact sur les niveaux de stress, le moral et la santé mentale des individus. Et, selon sa durée, ses effets négatifs peuvent durer 3 ans ou plus.

Il peut engendrer :

  • des syndromes de stress post-traumatique
  • des états de stress aigus
  • des dépressions
  • de l’anxiété
  • une irritabilité et une diminution de la tolérance à la frustration
  •  de la colère
  • des  comportements d’évitement 

Les facteurs favorisant le stress

Les auteurs de cette revue ont identifié des facteurs favorisant le stress pendant la période de confinement.

Certains concernent la gestion publique de la crise sanitaire :

  • le manque de biens de première nécessité ;
  • le flou et l’inadéquation des informations fournies par les gouvernements (objectif du confinement, sévérité et niveaux de risque de la pandémie ; guides de conduite et de bonnes pratiques peu clairs) ;

D’autres concernent directement les personnes confinées :

  •  les symptômes physiques : ils amplifient la peur de l’infection et l’inquiétude ;
    l’ennui, la frustration et le sentiment d’isolement causé par le confinement et par la réduction des contacts physiques et sociaux;

  • les personnes les plus à risque;

  • les femmes enceintes et les mères de jeunes enfants sont plus exposées au stress. Elles ont peur d’être infectées et de transmettre le virus à leur futur enfant.

Les personnes déjà sujettes à des symptômes psychologiques : ceux-ci peuvent s’aggraver notamment du fait de l’interruption des soins médicaux et psychothérapeutiques habituels.

Enfin, les personnels de santé, lorsqu’ils sont mis en quarantaine, sont particulièrement exposés. Outre l’épuisement, l’évitement, l’irritabilité, les insomnies et les problèmes de concentration, ils sont aussi sujets à l’anxiété et à la culpabilité d’avoir à abandonner leurs collègues et leurs patients.

Des effets qui peuvent durer même après la période de confinement

Le stress ne s’arrête malheureusement pas après la fin de la mise en quarantaine. En effet, plusieurs facteurs continuent d’être causes de stress, malgré le retour à la « normale » de la situation.
Parmi eux, les conséquences économiques de la perte de revenus, la détresse socio-économique globale, la fragilisation élevée des travailleurs, la précarisation encore plus importante des personnes les plus fragiles, la tension dans les couples ou encore la difficulté à reprendre le travail.

Des pistes pour pallier les effets de la quarantaine

Toutefois, les effets négatifs du confinement peuvent être atténués selon les experts qui livrent quelques pistes intéressantes. Si les principales recommandations sont destinées aux autorités (communication centrée sur l’altruisme, diffusion de messages de cohésion et de solidarité, remerciement et encouragement de la population, mise à disposition de ressources de santé adéquates comme des tests ou des services de soutien), certaines propositions s’adressent indirectement aux personnes confinées :

• limitation du temps d’écoute et de surveillance des reportages des médias;
• lutte contre l ‘ennui;
• utilisation des moyens de communication pour conserver les liens sociaux (familiaux et amicaux);
• participation à des initiatives solidaires;
• utilisation de services de soutien en cas de signes d’anxiété et/ou de dépression;
• recours à des solutions concrètes pour réduire le stress psychologique et prévenir les problèmes de santé mentale ultérieurs.

Quelles solutions à la maison ?

Si la surcharge en informations représente un facteur de risque d’anxiété et de baisse du moral, les technologies de l’information et de la communication peuvent être au contraire, de précieux alliés. Plateforme de thérapies à distance, applications et tutoriels permettent de respecter le confinement tout en mettant rapidement des solutions en place.

Essayer les Thérapies Non Médicamenteuses

Si les applications de santé mentale (ex : Sanvello, Calm, Moodnotes, Happify) ont la côte, des solutions facilement accessibles, dont les bénéfices ont été prouvés par la science, existent pour vivre au mieux cette période.
Pratique d’une activité physique, méditation, relaxation, yoga, luminothérapie…  Certaines techniques sont de véritables thérapies non médicamenteuses lorsqu’elles suivent des protocoles ayant scientifiquement prouvé leur efficacité. Plus originales bien que moins probantes, la bibliothérapie, la musicothérapie ou l’EFT (Emotional Freedom Techniques) sont des techniques qui ne présentent aucun risque pour la santé(en période de saturation des hôpitaux, c’est essentiel !).

En conclusion, le confinement impactera de manière différente chaque individu. Plus il durera, plus ses effets délétères risquent d’être importants. Toutefois, des solutions relativement simples peuvent être mises en place à la maison pour mieux vivre cette période délicate.
L’équipe de KALYA souhaite contribuer à rendre utile et utilisable la connaissance sur ces solutions qui ont montré de réels bénéfices pour la santé, au travers d’articles dédiés.

 

Sources :

1.      Barbisch D, Koenig KL, Shih F-Y. Is There a Case for Quarantine? Perspectives from SARS to Ebola. Disaster Med Public Health Prep. oct 2015;9(5):54753.

2.      Kaci Hickox: Public Health and the Politics of Fear: The American Journal of Bioethics: Vol 15, No 4 [Internet]. [cité 24 mars 2020]. Disponible sur: https://www.tandfonline.com/doi/abs/10.1080/15265161.2015.1010994

3.      Rubin GJ, Wessely S. The psychological effects of quarantining a city. BMJ [Internet]. 28 janv 2020 [cité 24 mars 2020];368. Disponible sur: https://www.bmj.com/content/368/bmj.m313

4.      Brooks SK, Webster RK, Smith LE, Woodland L, Wessely S, Greenberg N, et al. The psychological impact of quarantine and how to reduce it: rapid review of the evidence. The Lancet. 14 mars 2020;395(10227):91220.